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Goldoni - LBM III,3 - Lunardo Lodovica et Daniela

La Bonne Mère


LUNARDO.
à terre. Oh !
misère !
aidez-moi.
LODOVICA.
à terre. Donne-moi un coup de main,
Daniela.
DANIELA
Oh!
maman,
je ne tiens pas sur mes jambes.
LODOVICA.
Oh !
misère de moi,
misère !
Elle se relève.
LUNARDO.
Si vous ne m'aidez pas,
moi,
je ne me relève pas.
LODOVICA.
Allez,
réveille-toi,
viens ici,
aide donc ce brave homme,
il peut te faire du bien,
lui.
Si c'est un homme juste,
il s'arrangera pour que Nicoletto tienne la parole qu'il t'a donnée.
DANIELA
Oh !
moi,
je suis née malchanceuse.
Elles aident toutes deux Lunardo à se relever.
LUNARDO.
Que le ciel vous sache gré du bien que vous me faites.
Il va s 'asseoir.
LODOVICA.
bas à Daniela, en la tirant à l'écart. Dis voir toi,
petite.
Ecoute,
tu l'aimes donc tant que ça,
ce garçon ?
DANIELA
Moi,
je ne dis pas que je l'aime à la folie,
mais je l'aime,
voilà tout ;
et puis
je pense que chaque année qui passe est une année qui passe,
et si je manque cette occasion,
va savoir quand je me marierai.
LUNARDO.
à part. Il pouvait m'arriver pire ?
(Haut :) Si ma douleur ne passe pas,
moi,
je ne peux pas m'en aller.
LODOVICA.
bas à Daniela. Ecoute,
  • ou bien il faudra qu'il t'épouse,
  • ou bien il te donnera une compensation.
DANIELA
Je veux le traîner en justice.
Si moi,
il ne me prend pas,
je ne veux pas qu'il en prenne une autre,
ça, c'est sûr.
LODOVICA.
comme plus haut. Voyons ce qu'en dit ce brave homme.
Il m'a l'air d'un homme de coeur.
DANIELA
Ça doit être un de ses parents,
il sera contre nous.
LODOVICA.
comme plus haut. Essayons,
faisons-lui des cajoleries.
On ne sait jamais.
Elle s'approche de Lunardo.
DANIELA
Oh !
c'est dur, tout de même.
Avoir l'âge que j'ai,
vouloir me marier et ne pas pouvoir !
Elle s 'approche de Lunardo elle aussi.
LODOVICA.
Vous vous êtes fait mal ?
LUNARDO.
Un peu.
DANIELA
Qu'est-ce qu'elle a votre jambe ?
LUNARDO.
Une fluxion que j'ai attrapée voilà deux trois ans,
mais cette année,
elle me tourmente plus que d'habitude.
Je suis resté couché deux mois sans pouvoir me retourner dans mon lit.
Depuis deux ou trois jours,
j'allais mieux;
mais maintenant,
après ta bûche que je viens de prendre,
je ne sais pas ce que ça va donner.
LODOVICA.
Mon pauvre !
Il est parent avec vous,
Sior Nicoletto ?
LUNARDO.
Non,
siora.
C'est mon filleul.
LODOVICA.
Qu'est-ce que vous dites de tout ça ?
LUNARDO.
Pauvre petite !
vrai,
elle me fait pitié.
LODOVICA.
Qu'est-ce que vous en pensez ?
C'est une enfant qu'on peut maltraiter de la sorte ?
LUNARDO.
il met ses lunettes.
Vous voulez que je vous dise ?
Un sacré beau brin de fille.
DANIELA
Vous êtes trop bon,
je n'en mérite pas tant.
LODOVICA.
Et moi,
je devrai supporter qu'à cause d'un fripon de fils et de la possédée qu'il a pour mère,
cette pauvre enfant reste là à pourrir sur pied ?
LUNARDO.
Non,
ma petite,
            le ciel y pourvoira.
Asseyez-vous, femmes,
ne restez pas debout;
moi,
je ne peux pas me lever.
DANIELA
Oh !
ça n'a pas d'importance,
restez assis.
LODOVICA.
Vous avez très mal ?
LUNARDO.
Pour l'instant,
pas trop ;
mais quand je suis tombé,
j'ai cru m'évanouir.
DANIELA
Vous voulez un peu d'eau ?
LODOVICA.
Non,
un café vous ferait plus de bien.
LUNARDO.
Le café me ferait du bien ?
LODOVICA.
Oui,
sapristi !
Vous voulez qu'on envoie en chercher ?
LUNARDO.
Vous me rendriez service.
LODOVICA.
C'est comme si c'était fait ;
j'appelle une gamine qui habite en face,
et elle va le commander.
LUNARDO.
Pour vous deux aussi,
vous savez.
LODOVICA.
Tu entends,
Daniela ?
LUNARDO.
Daniela,
mais quel beau nom !
DANIELA
Oh !
moi,
je vous remercie.
Du café,
je n'en veux pas.
LUNARDO.
Qu'est-ce que vous voulez ?
DANIELA
Rien.
LODOVICA.
à part. Oh ! la sainte-nitouche.
LUNARDO.
à Daniela. Je vous en prie,
prenez quelque chose.
LODOVICA.
Eh !
oui,
oui,
pour elle aussi.
Vous permettez.
Elle sort.