Carnet d'ateliers Ateliers Théâtre et Plaisir de Dire
La Bonne Mère
- LUNARDO.
à terre.
Oh !
misère !
aidez-moi.- LODOVICA.
à terre
. Donne-moi un coup de main,
Daniela.- DANIELA
- Oh!
maman,
je ne tiens pas sur mes jambes. - LODOVICA.
- Oh !
misère de moi,
misère ! Elle se relève.
- LUNARDO.
- Si vous ne m'aidez pas,
moi,
je ne me relève pas. - LODOVICA.
- Allez,
réveille-toi,
viens ici, - aide donc ce brave homme,
il peut te faire du bien,
lui.- Si c'est un homme juste,
il s'arrangera pour que Nicoletto tienne la parole qu'il t'a donnée.
- DANIELA
- Oh !
moi,
je suis née malchanceuse. Elles aident toutes deux Lunardo à se relever.
- LUNARDO.
- Que le ciel vous sache gré du bien que vous me faites.
Il va s 'asseoir.
- LODOVICA.
bas à Daniela, en la tirant à l'écart.
Dis voir toi,
petite.- Ecoute,
- tu l'aimes donc tant que ça,
ce garçon ? - DANIELA
- Moi,
je ne dis pas que je l'aime à la folie, - mais je l'aime,
voilà tout ;- et puis
- je pense que chaque année qui passe est une année qui passe,
- et si je manque cette occasion,
va savoir quand je me marierai.
- LUNARDO.
à part.
Il pouvait m'arriver pire ?
(Haut :)
Si ma douleur ne passe pas,
moi,
je ne peux pas m'en aller.- LODOVICA.
bas à Daniela.
Ecoute,- ou bien il faudra qu'il t'épouse,
- ou bien il te donnera une compensation.
- DANIELA
- Je veux le traîner en justice.
- Si moi,
il ne me prend pas,
je ne veux pas qu'il en prenne une autre,
- ça, c'est sûr.
- LODOVICA.
comme plus haut
. Voyons ce qu'en dit ce brave homme.- Il m'a l'air d'un homme de coeur.
- DANIELA
- Ça doit être un de ses parents,
- il sera contre nous.
- LODOVICA.
comme plus haut.
Essayons,- faisons-lui des cajoleries.
- On ne sait jamais.
Elle s'approche de Lunardo
.- DANIELA
- Oh !
c'est dur, tout de même.- Avoir l'âge que j'ai,
- vouloir me marier et ne pas pouvoir !
Elle s 'approche de Lunardo elle aussi.
- LODOVICA.
- Vous vous êtes fait mal ?
- LUNARDO.
- Un peu.
- DANIELA
- Qu'est-ce qu'elle a votre jambe ?
- LUNARDO.
- Une fluxion que j'ai attrapée voilà deux trois ans,
- mais cette année,
elle me tourmente plus que d'habitude. - Je suis resté couché deux mois sans pouvoir me retourner dans mon lit.
- Depuis deux ou trois jours,
j'allais mieux;
- mais maintenant,
- après ta bûche que je viens de prendre,
- je ne sais pas ce que ça va donner.
- LODOVICA.
- Mon pauvre !
- Il est parent avec vous,
Sior Nicoletto ?
- LUNARDO.
- Non,
siora.- C'est mon filleul.
- LODOVICA.
- Qu'est-ce que vous dites de tout ça ?
- LUNARDO.
- Pauvre petite !
- vrai,
elle me fait pitié. - LODOVICA.
- Qu'est-ce que vous en pensez ?
- C'est une enfant qu'on peut maltraiter de la sorte ?
- LUNARDO.
il met ses lunettes
.
Vous voulez que je vous dise ?- Un sacré beau brin de fille.
- DANIELA
- Vous êtes trop bon,
je n'en mérite pas tant. - LODOVICA.
- Et moi,
je devrai supporter qu'à cause d'un fripon de fils et de la possédée qu'il a pour mère, - cette pauvre enfant reste là à pourrir sur pied ?
- LUNARDO.
- Non,
ma petite,
le ciel y pourvoira.- Asseyez-vous, femmes,
- ne restez pas debout;
- moi,
je ne peux pas me lever. - DANIELA
- Oh !
ça n'a pas d'importance, - restez assis.
- LODOVICA.
- Vous avez très mal ?
- LUNARDO.
- Pour l'instant,
pas trop ;- mais quand je suis tombé,
j'ai cru m'évanouir.
- DANIELA
- Vous voulez un peu d'eau ?
- LODOVICA.
- Non,
- un café vous ferait plus de bien.
- LUNARDO.
- Le café me ferait du bien ?
- LODOVICA.
- Oui,
sapristi !- Vous voulez qu'on envoie en chercher ?
- LUNARDO.
- Vous me rendriez service.
- LODOVICA.
- C'est comme si c'était fait ;
- j'appelle une gamine qui habite en face,
et elle va le commander.
- LUNARDO.
- Pour vous deux aussi,
vous savez. - LODOVICA.
- Tu entends,
Daniela ? - LUNARDO.
- Daniela,
mais quel beau nom ! - DANIELA
- Oh !
moi,
je vous remercie.- Du café,
je n'en veux pas.
- LUNARDO.
- Qu'est-ce que vous voulez ?
- DANIELA
- Rien.
- LODOVICA.
à part
. Oh ! la sainte-nitouche.- LUNARDO.
à Daniela
. Je vous en prie,
prenez quelque chose.- LODOVICA.
- Eh !
oui,
oui,
pour elle aussi.- Vous permettez.
Elle sort.